Que cette période de ma vie fut dure et à la fois riche d'enseignement!
J'ai marché longtemps dans mon esprit à cogiter tout seul, mais là, je marchais vraiment seul dans cette vie
Je l'ai porté mon fardeau, cette guitare que j'aimais bien
Je ne sais plus exactement ce que je pensais à ce moment-là... m'en sortir peut-être
On a beau souffrir tous autant qu'on est, on en reste pas moins des personnes qui cherchons, et trouvons des amitiés de passage pour nous relancer
Ou nous enfoncer.
J'ai tourné la page à ce destin misérable.
A mes idées de liberté
A mes envies de partage
Et je me suis battu
Pour avoir un maigre point de départ.
Bref.
Cette période de ma vie
M'a appris à me voir tel que j'étais:
Sans amour propre,
Sans valeur
Sans confiance
Sans toit
Sans fric
Sans rien
Aprés avoir tout détruit dans ma tête
Je marchais dans le vide, seul, au grés du vent
Et d'une chance inouïe
Sur le moment je n'ai pas bien comprit
Mais quand on m'a tendu la main
Sans rien demander en retour
J'ai accepté, parce que le vent se faisait bise agréable
Je me souviens cette tente
Ce sac à dos
Ces repas froid acheté le jour même
Les enfants rencontrés
Les clochards fréquentés
Et ce guitariste de Manchester
Que j'ai quitté sur un franc au revoir
En pensant fermemet m'engager
Dans une voie, désenchanté.
J'ai goûté à tous ces déserts de solitude
L'expérience fut brève
Faite au bon moment
Mais riche et intense en émotion
Je jouais seul dans cette chambre universitaire qu'on m'avait prêté
La musique apaisait mon âme
C'était devenu ma seule vérité
Ma seule identité
Des voisins étrangers sont venus m'écouter
M'ecourager, et me remettre du baume au coeur
Ils ont partagé leur repas avec moi
Je les ai remercié mille fois
Pour m'avoir sauvé un peu plus
Dans l'échange et le dialogue
Le trouble me noyait et mes émotions étaient elles aussi détruites
J'ai rencontré cette femme aussi
D'un autre monde
Méchante à souhait
Avec ses dix amants
Qui déprimaient
Et ce noël
Fut mon dernier de fête
Je l'ai entendu chanter
Je l'ai vu écrire
Je l'ai écouté
Je lui disait mes peines
Elle ne m'écoutait pas
J'étais aveuglé
Par sa beauté
De Mante Religieuse
J'étais ce fragile papillon
Qui ne vivait qu'un jour
Sans lendemain
Le Danaïdes qui portait encore sur lui
La volonté de s'affranchir des règles
Des limites
De l'ordre
De sa famille
De sa condition qui l'empoisonnait à mourir
J'étais cet insecte beau
Au fond de teint de vermine
Qui avait bien faillit perdre ses amis
Les amis justement...
Une main tendue
Une chance inespérée
Aprés un été à courir les champs
Gagner un peu de blé
En attendant le véritable printemps
Qui m'inonderait de bonheur
Cette route je l'ai faite seul
Les mains tendues, et refuges prêtés
Ne m'ont servis qu'à me reposer
Manger bien
Discuter
Compendre ce qui arrivait
Lorsque tout s'écroulait sous mes pieds
J'étais un roi qui cherchait son trône
Dans un désert de liberté
Où seule la solitude devait être apprivoisée
Pour ne pas perdre son identité
Sa seule raison d'être
De vivre, de respirer
Celle d'aimer
Sans condition j'ai aimé.
Parce que sans raison je me suis abandonné au vent
Pour lutter contre ma condition
D'esclave rejeté
Rejeton mal aimé
Et c'est peu dire que d'écrire
Ces fragments oubliés
Au fin fond de ma pensée
Aujourd'hui ils ressurgissent
Car une page s'est tournée
J'ai enfin appris que rien ne sert d'aimer
Il faut s'aimer soi-même
Que rien ne sert de prier
Il faut se prier d'être là
Que rien ne sert de gagner
Il faut gagner sa joie d'être là
Que rien ne sert d'écouter
Il faut écouter son coeur
Que rien ne sert de parler
Il faut se dire ses vérités
Que rien ne sert de s'agiter
Il faut s'accepter tel qu'on est
Avec son histoire
Avec son passé
Que rien ne sert de donner
Il faut se donner soi-même
Que rien ne sert de recevoir
Si l'on est pas sûr d'être là demain
Et ce pour l'éternité.
J'ai appris que les mots ne servaient à rien
Si ce n'est à partager ses chagrins
Ceux qui peuvent s'effacer vite
Ceux dont on est sûr d'avoir tourné la page
Je ne leur en veux pas
Je ne m'en veux pas
Nous avons juste décidé de divorcer
Par pure rejet de soi.
J'ai toujours essayé de les changer
Mais c'est en voulant les changer eux
Que j'ai changé moi-même
Le papillon est mort dans cette chimère
Il a perdu ses rêves éphémères
Il a jeté ses couleurs à ceux qui voulaient s'en parer
La destruction peut mener à la mort
Si nos pas ne sont pas mûs par notre coeur
Au fond j'ai aimé ce dieu comme le disent ces incroyants
Ce maigre tissu d'amour maigre que l'on finis par découvrir
Quand plus rien ne nous apartiens
Lorsque nous avons vidé notre vie de sa force
L'amour.
J'ai pleuré des journées sans lendemain
La rage aux dents
Le mal au ventre
L'esprit baigné des rêves que l'on m'avait permis de croire
J'ai communié avec cette nature
Qui s'effaçait sous mes yeux
Cette esclave de l'Homme
L'amour.
Alors oui c'est beau l'amour.
Mais qu'est donc cette force?
Cette force n'est que pur néant
Nous ne la voyons pas
Nous ne savons pas la décrire
Nous ne sommes pas assez fort pour ça
C'est une force-faiblesse, un équilibre
C'est ce qu'il reste quand on a tout détruis:
Ce maigre tissu d'espoir
Espérer c'est le début de l'amour
La foi est métaphore de l'espoir
Oui j'ai marché
Maintenant je veux me reposer
Oui j'ai détruis
Maintenant je veux construire
Oui je n'ai rien à apporter
Parce que j'apprends comme tous nous le faisons
Je n'ai rien à donner
Je n'ai que la certitude d'aimer
L'amour est le seul honnête marché de la vie
Seulement si cet amour n'attend rien
Comme un passant dans la rue
Les mots sont aussi parfois comme des sots
Qui à force de nous faire réfléchir
Nous rendent idiots par le désir
De toucher les coeurs par ces rimes
Sottes elles aussi
Rythmant le temps imparfaitement finit
De la vie
Maintenant que j'ai marché
Je suis assis
Et j'écris le temps qui s'enfuis
Avec ces quelques souvenirs
Histoire de reprendre mon souffle
Pour à nouveau partir
Vers un bel avenir


